Espèce endémique

Je fais partie d’une espèce endémique menacée de l’Education Nationale Française. Dans la grande biodiversité qui caractérise les établissements scolaires de France, j’appartiens à un groupe restreint et méconnu, qui cohabite avec des spécimens bien plus connus et reconnus. Ces derniers influent et rayonnent sur tout l’environnement dans lequel nous évoluons. Ce qui est parfois surprenant pour moi, c’est de constater à quel point cette espèce dominante avec laquelle je coexiste méconnaît mes origines, mon parcours et mon rôle. Que dire alors de ceux qui n’habitent pas le même écosystème que nous ?

Dans mon espèce, nous sommes tous différents, certains ont des griffes, et des crocs, d’autres ont développé des systèmes de dissuasion et de persuasion très sophistiqués, certains rugissent, sont toujours en mouvement, d’autres préfèrent observer, et rester discrets… On peut même trouver des spécimens qui mélangent tout ça gaiement ! Nous sommes de moins en moins nombreux, et souvent isolés dans nos espaces de vie, loin de nos semblables. Certains d’entre nous choisissent de rester pendant toute leur période d’activité dans le même biotope, et d’autres, comme moi, en changent régulièrement. L’habitat Education Nationale est constitué de biomes très divers et nous devons nous y adapter. Bien que différents, ces milieux ont tous le même objectif : instruire, enseigner, éduquer « le jeune ».

En vrai, je suis Conseillère Principale d’Education (CPE) depuis presque 20 ans. J’ai exercé dans plusieurs collèges au sein d’académies différentes. Les CPE sont recrutés sur concours national et pour concourir, il faut être en M1 master MEEF (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) mention encadrement éducatif. C’est l’INSPE (Institut Nationale Supérieur du Professorat et de l’Education) qui forme les CPE. Les lauréats du concours deviennent stagiaires en établissement (année de M2). Il faut obtenir le master pour être titularisé. C’est donc le même parcours que pour devenir enseignant.

Comme indiqué dans les textes officiels (http://www.education.gouv.fr/cid1069/conseiller-principal-d-education-c.p.e..html), les fonctions des CPE sont exercées sous la responsabilité du chef d’établissement, elles sont réparties principalement dans les trois domaines suivants : Le fonctionnement de l’établissement, la collaboration avec le personnel enseignant (l’espèce dominante… ah ah) et l’animation éducative (si chère à mon ).

Les missions des CPE se situent dans le cadre général de la vie scolaire et contribuent à placer les élèves dans les meilleures conditions possibles pour mener à bien leur scolarité (comme c’est bôôô!).

Dans les établissements scolaires, concrètement, lorsqu’un élève va mal, est malmené, se sent rejeté, en difficulté, parfois il va en parler à un adulte, souvent il n’ose pas car il a peur et n’a pas vraiment confiance… Prenons un établissement où les élèves ont appris que les adultes n’interviendront pas immédiatement et aveuglément dans leur problème, au risque de compliquer encore plus les choses, et qu’ils peuvent donc parler en toute confiance… Vers qui se tournent-ils ? Le plus souvent vers le.la CPE, pas parce que les autres personnels ne sont pas à l’écoute, ou de confiance, mais simplement parce que nous avons le temps et l’espace pour les écouter, et parce qu’à priori, notre parcours de formation nous a un peu (trop peu) donné certains outils pour les aider.

Cependant, officiellement, les personnes ressources sur les questions de souffrances scolaires sont les assistantes sociales. S’il est évident qu’elles ont toutes les compétences et les connaissances nécessaires pour apporter de l’aide aux élèves, elles ne sont pas présentes tous les jours dans les établissements ! Or, c’est dans le suivi au quotidien, dans les échanges formels et informels, les regards croisés au portail, et les deux petits mots prononcés dans le hall que se construit la confiance, ce lien indispensable qui permettra aux élèves de venir chercher de l’aide au moment où c’est difficile.

Alors, oui, c’est vrai, nous sommes une exception française, les CPE n’existent que dans notre pays, et nous représentons un budget sûrement conséquent de l’Education Nationale. Néanmoins, je m’interroge… A une époque où la question de la souffrance des élèves à l’école est omniprésente dans les médias, et puisqu’elle est devenue une priorité nationale, ne faudrait-il pas investir dans cette espèce endémique, la développer et l’outiller un peu mieux pour aider les élèves ?

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