Les cadeaux pourris

Je m’appelle Zafia, je suis en 5ème3, on dit de moi que je suis une fille irréprochable. C’est comme ça, dans ma famille, on respecte les règles, on ne ment pas, on ne trahit jamais. À mes côtés, vous cheminerez dans la bonne direction, celle du devoir accompli et du respect des consignes. Avec moi, vos secrets seront bien gardés, je ne connais pas la définition du mot hypocrisie. Bizarrement, je n’ai pas beaucoup d’amis, cela me rend parfois un peu triste, mais comme dit maman « Ce n’est pas grave, il vaut mieux être seule que mal accompagnée, ils doivent gagner en maturité pour te mériter ma chérie ». Aujourd’hui, Les surveillants ont distribué les casiers en insistant bien sur la nécessité de prendre grand soin de ce matériel mis à disposition par le collège. Un casier est personnel, il ne doit pas être partagé, ou utilisé par une autre personne que son locataire de l’année. J’ai très vite installé mon cadenas sur la porte du casier N° 38, bien décidée à choyer cet espace tout personnel qui ne pourra pas être envahi et dégradé par les autres, puisque c’est interdit. Dans la classe il y a un élève qui fait n’importe quoi, il s’appelle Maxence et passe son temps à contredire les profs, et à discuter chaque point du règlement intérieur. Je me méfie de lui, il adore jouer avec les gens, les embêter et les mettre mal à l’aise.

Je m’appelle Maxence, je suis en 5ème3. On dit de moi que je suis un garçon irrespectueux. J’aime jouer avec les gens, avec leurs contradictions, c’est très satisfaisant de déstabiliser les adultes. Aujourd’hui, les surveillants ont distribué les casiers, en insistant bien sur le fait qu’ils sont personnels blablabla… Les casiers sont pour moi des territoires infinis d’exploration et de découvertes. Je suis devenu un expert en crochetage de cadenas, à code ou à clé, aucun ne me résiste. Je ne cherche pas spécialement à voler des objets qui appartiennent aux autres, éventuellement un petit bonbon lorsque je tombe sur un paquet complet. Moi, ce que j’aime, c’est perturber les autres et les regarder s’embrouiller. Par exemple, je déplace des objets d’un casier à un autre, ou j’en cache certains que je remets à leur place au bout de quelques jours.  Mes copains disent que je suis bizarre, mais je suis le boss, aucun n’a assez de cran pour oser faire tout ça. Dans la classe, il y a une élève qui s’appelle Zafia, c’est un exemplaire assez fascinant. Elle respire la droiture, et l’obéissance. Comment peut-elle survivre dans un collège avec tous ces principes ? Je suis sûre que je suis capable de fissurer cette armure d’honorabilité.

Un jour en ouvrant mon casier j’y ai trouvé un objet qui ne m’appartenait pas, une trousse, je n’ai pas compris, je l’avais dans la main quand j’ai entendu Mya hurler derrière moi « mais Zafia, c’est ma trousse ! Pourquoi elle est dans ton casier ? ». Je n’ai pas su quoi lui répondre, je n’ai pas aimé la manière dont elle m’a regardée, j’étais très gênée. Les semaines suivantes, ça a recommencé, jusqu’à trois fois dans la même semaine, une écharpe, un bonnet, une calculatrice, un agenda… Les autres ont commencé à me traiter de voleuse. J’ai essayé de leur expliquer que jamais je ne ferai ça, mais ils ne m’ont pas crue. Un jour, je me suis cachée dans un coin du préau pour savoir qui faisait ça. J’avais raison de me méfier, j’ai vu Maxence cacher un cahier dans mon casier.

La tête de Zafia quand elle a trouvé la trousse dans son casier ! c’était hilarant. Avec les copains, on l’a regardée en se marrant depuis le coin du préau. Mya a crié sur elle quand elle a vu sa trousse, un surveillant lui a dit de se calmer et a demandé à Zafia si ça allait, elle était toute rouge. Alors j’ai continué, jusqu’à trois fois dans la même semaine. C’est devenu encore plus amusant quand les autres ont commencé à la traiter de voleuse. Zafia, honteuse, a minablement cherché à se défendre « mais non, je ne suis pas une voleuse, gnagnagna… », ce qui a plutôt aggravé son cas. La regarder s’embourber dans ses tentatives d’explications était réjouissant. Elle est tellement exemplaire que jamais elle ne saura trouver un moyen de se défendre à part alerter les adultes, et comme elle ne peut rien prouver, ils ne pourront rien faire.

J’étais furieuse, j’ai dit aux surveillants que j’avais vu Maxence mettre un cahier dans mon casier, ils sont allés lui demander pourquoi il faisait ça. Maxence a dit que j’avais dû confondre avec quelqu’un d’autre. Les surveillants m’ont dit qu’ils étaient désolés mais que sans preuve, ils ne pouvaient rien faire. J’étais hors de moi, alors je suis allée en parler à la CPE, il fallait que justice soit faite ! La CPE était bizarrement encore plus énervée que moi, elle m’a dit qu’elle en avait marre de ces élèves qui empoisonnaient la vie des autres sans jamais se faire attraper. Elle aurait bien envoyé Maxence à Poudlard chez les Serpentards, à la place elle allait le convoquer pour lui dire ce qu’elle pensait de son comportement et après elle le mettrait en retenue tous les soirs jusqu’aux vacances, même s’il continuait à nier ! Je ne l’avais jamais vu dans cet état. Je l’ai remerciée et puis je lui ai dit que même si j’aimais bien l’idée qu’il soit puni jusqu’aux vacances, je croyais bien qu’il s’en fichait un peu des retenues. J’avais envie qu’il se sente ridicule devant ses copains, lui qui se croyait le plus fort et intouchable, mais je ne savais pas comment faire. La CPE m’a raconté l’histoire d’un élève de 4ème qui s’appelait Samir et de la stratégie qu’il avait mis en place pour que Tom arrête de se moquer de lui. J’ai bien aimé cette histoire.

Zafia a dit aux surveillants qu’elle m’avait vu mettre le cahier de Louis dans son casier, ils m’ont questionné bien entendu, mais elle ne pouvait pas prouver que c’était moi. J’ai vu Zafia sortir du bureau de la CPE. Je suis sûr que je vais être convoqué, ils peuvent bien me mettre des heures de retenue, je m’en fiche. Ce matin, j’ai mis la réquerre de Maëlys dans le casier de Zafia. J’ai choisi Maëlys parce qu’elle est hyper agressive avec les autres, cela promettait d’être explosif. Avec les copains, on s’est installés à notre poste d’observation. Zafia est arrivée, je l’ai vue serrer les dents et hésiter à ouvrir son casier, la main tremblante. Plusieurs élèves de la classe l’observaient. Elle a pris une grande respiration quand elle a vu la réquerre, et puis il s’est passé un truc bizarre. Elle s’est avancée vers moi avec la réquerre à la main, et elle a dit « Maxence, une réquerre n’est pas un cadeau qu’on fait à la fille dont on est amoureux ! C’est complètement ridicule. La prochaine fois, offre-moi un livre ou des fraises Tagada, mais pas une réquerre ! C’est vraiment un cadeau pourri ! », elle m’a calé la réquerre dans les mains et elle est partie. Je n’ai même pas eu le temps de lui répondre et il a fallu que je mette un taquet à Mayron qui n’arrêtait pas de se marrer en répétant « Maxence est en crush avec Zafia ». En crush avec Zafia ? N’importe quoi !

Il ne s’y attendait pas du tout, j’ai cru que sa mâchoire allait tomber par terre. Les jours suivants, avant d’ouvrir mon casier, à chaque fois, j’ai cherché Maxence du regard dans le préau et je lui ai fait un clin d’œil pour lui montrer que j’étais impatiente de trouver son cadeau. Comme il n’y avait rien, à chaque fois, j’ai pris un air super déçu… Je n’ai plus jamais eu de cadeau pourri.

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